1,5 million de femmes contre Wal-Mart

La chaîne de magasins américaine Wal-Mart, la plus grande société du monde, fait face à l’un des derniers épisodes de la plus grande « class action » de l’histoire. Accusée de discrimination par l’une de ses caissières, la chaîne a vu 1,5 million de salariées ou d’ex-salariées se joindre à la procédure judiciaire. Elle pourrait avoir à verser des milliards de dollars d’indemnités.

Nul doute que les scénaristes d’Hollywood sont déjà en train d’aiguiser leurs crayons. L’affaire Wal-Mart contre 1,5 million de femmes est proche de l’épilogue, et le suspense n’a rien à envier aux meilleures productions de la “cité des anges”.

La Cour suprême des Etats-Unis doit en effet décider, à la demande de Wal-Mart, si ce million et demi de salariées et d’ex-salariées peut ou non se joindre à la procédure dans laquelle le groupe de distribution est accusé d’avoir favorisé la rémunération et la promotion des hommes au détriment des femmes. C’est la plus grosse class action, un recours collectif, jamais intentée et ses répercussions pourraient être énormes.

La Cour a plutôt semblé jusqu’ici sensible aux arguments avancés par Wal-Mart pour tenter de bloquer la procédure : pour certains juges conservateurs, il n’est pas prouvé que la plainte de Betty Duke, caissière dans un magasin de Pittsburg, Californie, puisse s’appliquer à un tel nombre de salariées.

Quand elle a dégoupillé sa grenade judiciaire, il y a 11 ans, Betty Duke ne s’attendait sans doute pas à en arriver là. C’est en 2001 qu’elle pique une grosse colère. Sa direction lui a refusé une formation et elle a déposé plainte pour entrave à la promotion et inégalité salariale, au motif qu’elle est une femme. Six autres plaignantes viendront se joindre à la procédure. Elles ne travaillent pas dans le même magasin, mais elles constatent les même disparités salariales. De là à penser qu’il s’agit donc d’une politique générale, et non pas de cas isolés, il y a un pas que franchit son avocat.

Résultat, la procédure à la hauteur du gigantisme de Wal-Mart. Avec 3.400 magasins aux USA, 400 milliards de dollars de chiffre d’affaire (283 milliards d’euros) et un bénéfice de 16 milliards de dollars l’an dernier, le groupe se hisse à la première place mondiale des distributeurs… et emploie plus d’un million de personnes, en majorité des femmes. Or la procédure est ouverte à toutes celles qui s’estiment victimes de discrimination depuis 1998. D’où le chiffre de plaignantes atteignant 1,5 million. C’est plus que l’ensemble des effectifs de toute l’armée américaine, se plaît à rappeler Wal-Mart.

Si ce gigantesque recours collectif allait à son terme, la chaîne de magasins pourrait avoir à verser plusieurs milliards de dollars d’indemnité. Et derrière elle, d’autres entreprises font le gros dos, car de nombreuses études montrent que la disparité hommes-femmes est une réalité aux Etats-Unis, comme dans de nombreux autres pays, dont la France. La Cour suprême dira courant juin si elle permet la poursuite de la procédure.

Grégoire Lecalot, avec agences (FRANCE INFO, 31 mars 2011)
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