mon premier demi marathon

Dans la série premières dans ma vie, voici le demi marathon. 21 km et 150 m que je suis tellement  fière d’avoir couru. Je sais, c’est con, j’ai fait d’autres trucs dans la vie qui mériteraient largement une certaine fierté. Et bien non, ce sont ces foulées alignées les unes derrière les autres qui m’ont vraiment rendu contente de moi: je l’ai fait, je suis allée jusqu’au bout… juste pour moi.

L’hiver dernier, chaque fois que je sentais un coup de blues se pointer, je me repassais en boucle un vidéo trouvé sur youtube racontant l’histoire de ce type obèse qui a perdu 120 livres (environ 55 kg) en courant. Ce n’est pas tellement la perte de poids qui m’inspirait, mais le cheminement de cet homme qui a choisi de se prendre en main alors que le surpoids l’empêchait de vivre heureux. Bon, il devait quand même avoir une bonne tendance stakhanoviste à la base, vu qu’en moins d’un an et demi, il s’attaquait à des iron-man (ultra triathlon : 3,8 km à la nage, 180 km à vélo et 42 km en course à pied).

Apparté. Pourquoi certaines personnes m’inspirent – souvent elles m’émeuvent d’ailleurs – et d’autres non, bien qu’elles accomplissent des épreuves plus spectaculaires? Je parle d’inspiration, pas d’impression: les performances sont impressionnantes, elles n’inspirent pas forcément. Bref, je diverge, qui vous inspire, vous?

Pour revenir à mes moutons, l’hiver dernier donc, je me suis remise à courir… encore. Depuis les 15 dernières années, c’est une constante, je commence j’arrête, je recommence j’arrête à nouveau. Traditionnellement, quand je sens que mon souffle se pose, que mes foulées s’allongent et que je trouve enfin un rythme, pouf, la vie m’oblige à cesser de jogger. Trop de travail, des grossesses, des angoisses, n’importe quoi pour m’empêcher de me faire plaisir finalement. Et puis, il y a eu LE Marathon de NY auquel je suis allée voir ma belle-soeur en novembre dernier. L’ambiance est délirante. Je suis certaine que même les plus pantouflards ont envie de trotter en y assistant. Forcément, quelque part, loin en moi, je me suis dit, que si elle le faisait, pourquoi pas moi? Si des centaines de milliers de coureurs dans le monde participent à des courses dont ils passent le fil d’arrivée… pourquoi pas moi. Enfin, la cap (course à pied pour les intimes) est le sport le plus facile qui soit: pas besoin de lieu particulier, pas d’horaire à respecter, pas de prof, peu de contraintes, tu mets tes chaussures, tu t’habilles, tu sors de chez toi, et yalla.

Un matin de janvier dernier donc, j’ai chaussé mes souliers et je suis sortie: grand soleil, froid presque sec, pas de neige au sol. Des conditions idéales, quoi! Et c’était reparti. Je ne crois pas que je courrai un marathon un jour, mais l’idée d’un demi s’est rapidement présentée. De manière un peu inconsciente, je sentais que je pouvais le faire sans rester traumatisée physiquement ou moralement. D’une semaine à l’autre, la distance de mes sorties augmentait, mais je ne parvenais pas à dépasser le cap fatidique des 10 km.

2e apparté. J’ai déjà participé à une course, à deux courses en fait. La première était le 10 km du Festival des couleurs au parc Lafontaine. J’ai terminé… dernière. Pas juste de ma catégorie, dernière tout court. J’y ai gagné le dur apprentissage de l’humilité et la conviction que je ne participerai plus jamais à une course si c’était pour finir dernière! À partir de là, j’ai adapté les distances à mes capacités et je me suis entraînée. Ma 2e course était un 5 km que j’ai terminé en milieu de troupeau dans un temps raisonnable.

Pour dépasser mon impossible blocage, j’ai cherché des plans d’entraînement et j’ai fais la connaissance d’un coureur qui est devenu mon coach virtuel. Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes jusqu’à ce que mon corps lâche. Trop fatiguée, raquée de partout, j’ai diminué les fréquences des sorties et réduit particulièrement les séances dites de fractionnés où on multiplie les courtes distances en augmentant le rythme. Je déteste, mon corps déteste, spécialement mon coeur qui abhorre. Après il y a des jours avec et des jours sans. J’ai appris à écouter ça aussi. Pourquoi respecter le plan d’entraînement à la lettre quand il devient trop contre nature? Pourquoi vouloir absolument se faire mal alors qu’à priori je me fais plaisir en courant… Quant aux résultats, les temps, les chronos… franchement, je m’en moque. Enfin, à ce jour…

Puis ma fille de 20 ans a fait le demi de Montréal le 17 avril. Pas entraînée – son corps se souvenant toutefois de six années d’athlétisme en demi-fond, menant une vie de patachon universitaire (normale donc), dans des conditions épouvantables (pluie battante, vent, froid), elle a mis 1h53. Là encore, je me suis dit que je devais pouvoir y arriver.

J’ai continué à m’entraîner. Plus le jour J approchait, plus je paniquais. Les derniers jours, je n’y croyais plus, mais alors plus du tout. Et trois jours avant, je me suis donné comme unique objectif de parvenir à franchir la ligne d’arrivée. Je vivais bien avec ça. La veille, je me suis dit que j’étais prête et que sauf blessure je devrais finir en 2h30.

Ah oui, j’oubliais. Je/nous buvons du vin à table… tous les soirs. Deux semaines avant la course, je me suis dit que ce serait bien d’arrêter cette délicieuse mais dommageable habitude. Incapable. Une semaine avant, rebelote. Incapable. Finalement, je me suis dit que je m’entraînais en buvant du vin à table tous les soirs, ça ne changerait rien à ma course. Je suis quand même parvenue à m’abstenir… la veille!!

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Le 4 juin 2011. Le départ a lieu à 8h dans le parc des Îles de Boucherville, un site magnifique où nous allons régulièrement pique-niquer avec des amis. Deux avantages majeurs: c’est plat et il n’y a pas d’asphalte ailleurs que sur les stationnements. Je dois partir vers 7h de la maison, j’ai déjà récupéré mon dossard. Je me suis réveillée toute seule comme une grande vers 4h30 pour petit déjeuner à 5h.

Le soleil est partout, mais l’air est drôlement frais. Un petit 8°C… Comment dois-je m’habiller? Si je ne suis pas assez couverte, j’ai froid et je pars trop vite. Si j’ai trop chaud pendant la course, ce n’est pas mieux. Tant pis, j’opte pour le débardeur et le short. Je quitte la maison confiante et souriante. Je suis heureuse d’être seule. Toute la maison dort à mon départ.

J’arrive sur le site, toutes les voitures présentes sont celles de coureurs et de marcheurs. Au programme un 5 km marche, un 10 km course et le demi marathon. Je me dirige vers la zone de départ. Il y a beaucoup d’hommes, plein de jambes superbes, heureusement pas trop épilées, quelques femmes qui ont l’air de pro. Elles sont toutes jeunes avec des corps d’athlète. J’écoute de la salsa, Rei Momo de David Byrne, et j’ai soudain envie de danser tandis que je m’étire dans tous les sens. Certains se la pètent: ils se font des sprints, reviennent avant de repartir, ils ont des équipements ultra tendance et vachement techniques. Enfin, globalement, c’est relax quand même. Nous sommes très peu. J’apprendrai plus tard que nous avons été 123 à prendre le départ, 41 dans ma catégorie d’âge.

Le temps s’écoule, j’écoute de la musique, j’entre dans ma bulle. Je repère un homme pas très grand, habillé plus que simplement avec un bandana dans les cheveux. Il doit avoir plus de cinquante. Il est seul et marche comme un lion en cage. À côté de lui, un autre quinqua bronzé de frais, chauve, qui se dit qu’il a beaucoup de style… dans ma tête, je commente bêtement sur tout le monde, tout en me disant que tous ces gens vont courir… je ne veux pas être la dernière…

Au moment du départ, je suis au milieu d’un groupe de femmes qui papotent. Monsieur Bandana est à côté de moi. Je décide de le suivre. Je vais courir les 13 premiers km avec lui. Au point où nous ferons des blagues à chaque objectif de photographe pointé sur nous. Même foulée, même rythme. Cet homme a un métronome dans la tête. Nous avons accéléré d’environ 30 secondes du km de manière systématique, mon iphone confirmant le tout. C’était génial. Trois quarts du parcours étaient à l’ombre des arbres, et le quart au soleil était en plein courant d’air. Pas trop chaud donc. Comme nous n’étions pas nombreux, le rythme fluide pouvait être maintenu en permanence.

Et comme toujours, à 10 km, mes orteils ont commencé à gonfler. Pas tous, juste le satané avant-dernier à gauche. À un moment donné, il est tellement gonflé que je dois me mettre le pied sous l’eau pour qu’il dégonfle. Là, j’ai tenu jusqu’à 13 km. L’envie de pipi en prime m’a obligée à m’arrêter. J’ai laissé monsieur Bandana. Ma plus grande tristesse est de ne pas l’avoir croisé à l’arrivée. J’aurais tellement aimé le remercier. C’est vraiment grâce à lui si ça s’est si bien passé.

Mais après ma pause pipi, j’ai la surprise de voir arriver mes petits et leur adorable père appareil photo en main. Je suis surprise – je suis tellement dans ma bulle, et je ne les attendais pas – et super contente. Enfin, il reste 7 km à faire. Je continue vaillamment même en l’absence de mon « lapin », mais maintenant j’ai le sourire. Un jour j’ai lu que c’est important de sourire pendant qu’on court, en hommage à tous ceux qui aimeraient courir et qui ne peuvent pas. Dans mon cas, c’est là que j’ai commencé à penser à mon amie Oana qui est décédée d’un cancer au lendemain de ses 40 ans. Oana était une athlète, une vraie. Elle courait… peut-être trop? En dessous de trois heures, elle aimait pas ! Et elle classait ses épices par ordre alphabétique… perfectionniste, vous dites?

Alors j’ai franchi la ligne d’arrivée. Je suis perturbée parce que selon mon iphone, je n’ai pas tout à fait couru 21,150 km, mais juste 21 km. C’est idiot, mais ça m’énerve. Du coup, j’oublie de prendre ma médaille. Je souris de toutes mes dents… je suis tellement contente. Je l’ai fait. J’ai réussi. Je suis allée jusqu’au bout… en 2h03, alors que je me suis arrêtée au moins 5 minutes pour tremper mes orteils dans l’eau. Je suis allée jusqu’au bout… moi. Le sentiment de fierté qui m’envahit est d’autant plus troublant qu’il est nouveau. Je n’ai jamais ressentit ça. Je me sens libre et forte, dans l’ordre. Et bien c’est vachement bon.

Quand je suis revenue à la maison, ce jour là, il s’est passé deux choses: mes genoux se sont mis à me faire souffrir le martyre – il me faudra un mois presque sans course pour être capable de faire à nouveau 10 km – et je me suis précipitée sur l’ordi pour chercher de nouveaux demi marathons. La piqure, j’ai la piqure !

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