une année en Gironde 27 – clins d’oeil parisiens

Une des raisons qui me fait apprécier notre séjour à la campagne, est la proximité de Paris. En fait, ce n’est pas si près: 586 km de Bordeaux précisément, un bon 6h de route ou 3h de TGV. Manhattan est à la même distance de Montréal (593 km selon Google Map), mais sans train à grande vitesse – depuis combien d’années en rêve-t-on? – on n’y va pas comme ça, juste pour rire et s’enfumer les poumons. D’autant qu’ici, si on se débrouille bien (plusieurs connaissent mes capacités à ce registre), on peut trouver des billets aller-retour pour Paris à… 38 euros (53 $ aujourd’hui). J’avoue, j’ai du mal à me priver et toutes les excuses sont bonnes pour me rendre à la capitale.

Ainsi, la venue de mon amie Nana. Artiste peintre férue d’art, elle ne risquait pas, malgré le décalage horaire et une lourde fatigue accumulée, de rechigner devant les heures de marche en perspective. Parce que Paris, si on n’y va pas exclusivement pour des raisons professionnelles – et encore – c’est surtout une longue promenade de musée en boutiques, de petites rues en bistrots. Pour moi, c’est déambuler d’un arrondissement à l’autre en prenant le métro le moins souvent possible, le bus à la rigueur. Quel que soit le lieu, il suffit de lever le nez pour accrocher notre regard sur une curiosité, un clin d’oeil, une énigme. Le reste du temps, on marche le nez baissé à l’affût des crottes de chien qui ponctuent beaucoup moins les trottoirs qu’il y a quelques années. Air du temps, même les Parisiens se sont mis à les ramasser.

D’ailleurs ils changent les Parisiens. On leur prête depuis si longtemps un caractère de chien, qu’ils ont amorcé la tendance inverse. Ils ne grognent plus à longueur de journée, ils répondent aux sourires, ils discutent, ils expliquent… Bon ils sont persuadés qu’ils savent tout, mais il suffit de leur laisser croire et de passer son chemin! C’est vrai, nous avons eu des conditions idéales: un temps exceptionnel, un air de fin de vacances début octobre. Les terrasses noires de monde. Les femmes en robes légères alors que les boutiques débordent de tenues hivernales. Du coup, les gens ont la pêche et le font savoir.

Nous avons donc marché. Des Gobelins (13e) à l’Hôtel de ville pour se mettre en jambes. Intrusion dans Saint-Germain-des-Prés et traversée d’une bonne partie du 6e. Que de souvenirs. Il y a bien longtemps, tandis qu’elle était partie au pair aux États-unis, une amie m’avait laissé sa double chambre de bonne rue Gay-Lussac. 6 étages sans ascenseur que j’ai allègrement monté tout l’été. Vue imprenable sur les environs, décoration joyeuse, j’avais installé une douche sur le micro balcon. Chaque matin, je profitais des premiers rayons du soleil, sur les toits de Paris. Le pied.

C’est aussi l’occasion d’acheter nos premières cartes postales. À l’ère du courriel et des réseaux sociaux que je fréquente avec beaucoup de plaisir, je reste une inconditionnelle de la carte postale. La boutique spécialisée en BD où nous nous sommes arrêtées n’en offrait pas une large variété, mais ça changeait de celles que nous allions trouver, un peu plus loin sur les quais de la Seine débordants de touristes et de pacotille assortie, déprimante. La paradis de l’achat compulsif pour parent qui ne savent pas trop quoi rapporter à leurs petits de moins de 10 ans. Je connais bien, j’en suis régulièrement. Ce moment fatidique où tu hésites entre le t-shirt I Love Paris et une boule à neige avec la Tour Eiffel, quand tu aperçois un aimant avec les reproductions des plaques de rues parisiennes et/ou autres tableaux impressionnistes que ta fille adorera, forcément.

Après un arrêt d’une bonne quinzaine de minutes devant Notre-Dame à essayer un montage photo où Nana aurait pris la rosace dans ses mains. Un vrai délire à faire plutôt quand le photographe – moi, en l’occurrence – n’a pas le soleil dans les yeux. Nous avons plongé dans le métro pour rejoindre ma traditionnelle et généreuse hôtesse parisienne habitant du côté d’Oberkampf, soit au nord de la Seine, communément appelée rive droite. Si la rive gauche est plutôt associée aux BObo, intellos artistes, celle de droite est très diversifiée: entre le Marais et le 11e arrondissement il y a quand même de belles différences, pareil entre le 18e et le 8e qui ont pourtant un chiffre en commun!

Descente de la rue Oberkampf qui a longtemps été parfaitement insalubre et qui, aujourd’hui regorge de boutiques très stylées pratiquant des prix absolument indécents. J’y reviendrai mais je reste complètement abasourdie par les prix en général. Tout mes amis m’avaient signalé que le passage à l’euro les avait fait flamber, mais je le confirme chaque jour un peu plus. Pendant très longtemps, les vêtements, les chaussures et surtout l’alimentation coûtaient beaucoup moins qu’au Québec. Je rapportais de chaque voyage la garde-robes des enfants et m’assurait de renouveler ma panoplie de souliers. Aïe aïe aïe, la plupart des chaussures qui ne sont pas fabriquées en Chine démarrent à 150 euros (210 de nos gros dollars). À ce prix là, elles ne sont même pas forcément en cuir… De qui se moque-t-on? Et les soldes, réglementées par l’État n’arrivent que deux fois par an, en janvier et en juillet. Alors je me contente de baver.

J’ai quand même failli craquer à plusieurs reprises rue de la Roquette entre autres. C’était sans compter sur la joyeuse surveillance que menait discrètement mon amie. Bastille, plein soleil. Un étonnant et prosélyte Marathon de la Bible tente d’enthousiasmer les curieux qui regardent la fête foraine en arrière avec beaucoup plus d’envie.

Avec la plus grande logique, nous sommes alors parties vers le Marais. C’est gai, c’est beau, c’est blindé de touristes, c’est essoufflant et c’est avec empressement que nous nous écrasons dans les jardins de la Place des Vosges. Avant, quand j’étais plus petite qu’aujourd’hui, enfin quand je ne vivais pas encore à Montréal, personne ne pouvait poser un orteil sur les pelouses des jardins publics. Un gardien accourait aussitôt, sifflet et réprimandes en bouche. Je suis ravie de constater que, peut-être sous influence américaine, les gazons ne sont plus interdits. Mes pieds ont remercié joyeusement en s’ébrouant dans les brins d’herbe.

Passage obligatoire rue des Rosiers. Pas de falafels cet après-midi, mais un arrêt devant la boulangerie. Nostalgie des bagels, sans doute, ou de mon quartier hassidim, ou les deux? En 1982, des hommes font irruption au restaurant Goldenberg et tirent sur les clients attablés. Ils s’enfuient en continuant de tirer sur la foule, nombreuse à cette heure de la journée. Six morts et 22 blessés marqueront cet attentat antisémite, jamais revendiqué. Si la gouvernement a longtemps cru à une attaque de commandos arabes, il semblerait qu’en 2008, l’enquête se soit plutôt prolongée dans les milieux nazis allemands. Cet attentat a durement marquant pour l’ado que j’étais. Le début de mon incompréhension devant le rejet – souvent violent – de la religion de l’autre. On m’avait appris le respect et je découvrais la haine.

… à suivre

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