une année en Gironde 40 – la vie la vie

Parce que nous venons de loin, parce que notre fils est différent, parce que je suis qui je suis et que je fais parler les muets… j’ai appris aujourd’hui l’histoire d’une petite fille du coin. Même si au tout début, elle ne vient pas complètement du coin.

Cette histoire triste pourrait devenir un roman. Tous les ingrédients sont réunis. La petite fille a quand deux ans quand, sur décision judiciaire, elle est placée en famille d’accueil de manière définitive. D’habitude, c’est du lourd: négligence, alcool, drogue, abus, viol, ce sont des minimums pour que la justice soit dans les parages et qu’elle soustraie un si petit à sa famille biologique.

Je ne connais pas la loi française à ce sujet, mais au Québec, comme je l’indiquais dans mon essai (Des enfants, en avoir ou pas, Éditions de l’Homme, 2002), la famille biologique a toujours priorité sur la famille d’accueil quasiment jusqu’à la majorité de l’enfant. Donc, les parents accueillants qui élèvent, éduquent et aiment l’enfant dont ils ont la garde, comme si c’était le leur, ont toujours l’épée de Damoclès au-dessus de la tête, quand l’enfant va-t-il être repris par sa mère biologique? Au-delà de l’amour – peut-être vaniteux (je vais sauver ce petit de la misère dans laquelle il est né) – des parents adoptifs, il y aussi un enfant, et cet enfant, il a besoin d’un cadre, d’un équilibre, d’un amour et d’un environnement stable… STA-BLE.

Comment un enfant peut-il se développer psychologiquement et vivre en harmonie avec lui-même et les autres, quand d’une part, il fait la navette entre deux familles et d’autre part, il ne sait pas à laquelle il peut s’ancrer… définitivement? Mettons-nous à sa place un instant. J’ai deux emplois, je les aime tous les deux et a priori je ne veux pas choisir, même si je soupçonne bien qu’ils sont différents: l’un est précaire et risqué, mais… c’est mon premier, je l’ai depuis toujours, l’autre est un CDI (contrat à durée indéterminée), qui peut être interrompu finalement n’importe quand par la grâce de mon patron de l’emploi précaire. Comment puis-je m’investir? Comment puis-je avoir des projets à long terme? Comment puis-je me réaliser comme individu et trouver ma place quand je ne sais pas ce qui va se passer?

La pauvre petite sent qu’il se passe quelque chose. Elle devine qu’il se trame un avenir pour elle… sans qu’on lui en parle. Elle est toute petite encore, sept ans. L’âge de raison.

La première fois où j’ai rencontré cette petite demoiselle, jolie comme un coeur, avec une tonne d’intelligence et tout autant de souffrance dans le regard, elle me racontait – alors que les autres jouaient dans la voiture – qu’elle avait été emmenée d’urgence la dernière fois qu’elle avait vu sa « mère » parce que son beau-père était soûl et qu’il n’a pas le droit de l’approcher. Alors une heure à peine après avoir embrassé sa mère, l’assistante sociale était venue la récupérer.

Aujourd’hui, j’apprends que la petite a été soustraite à sa famille avant deux ans – la mère étant trop fatiguée pour s’en occuper, ne s’en occupait… pas. J’apprends aussi que la famille d’accueil est depuis quelque temps mise à l’écart des décisions administratives, la petite ira donc de plus en plus souvent voir sa mère biologique qui, un jour que son amant du moment était inspiré, a disparu pendant huit mois. Cette femme qui depuis sept ans prend sa fille quand bon lui chante, si elle n’a rien d’autre à faire, devrait retrouver la garde complète de la petite demoiselle.

Parallèlement, l’enfant régresse : elle se déshabille en public, fait pipi en pleine séance chez le psychologue, n’écoute plus en classe, ne veut plus apprendre ou travailler, hurle en public.

La maîtresse qui ne connaît que des bribes de l’histoire fait ce qu’elle peut, et la gronde. Elle a d’autres élèves à gérer. L’intermédiaire entre les deux familles et le juge, pense que la mère adoptive ne veut plus lâcher la petite et qu’elle est dépressive, et cherche une nouvelle famille d’accueil. La mère adoptive qui voit la petite changer radicalement de comportement depuis quelques semaines essaye d’intervenir, mais personne ne l’écoute, elle n’est que la mère d’accueil. Elle ne peut pas aller demander de l’aide pour l’enfant, seule l’intermédiaire peut; Mais l’intermédiaire est convaincue qu’il n’y a pas de problème. Et le juge devrait redonner l’enfant à sa mère biologique sous peu… Et la petite vit un état d’anxiété tellement énorme, qu’elle ne parvient plus à fonctionner du tout.

J’en ai marre d’entendre les instances bien pensantes défendre les parents biologiques; bien sûr, quelques familles d’accueil sont pourries. Mais avant de les juger, j’aimerais avoir un instant de compassion pour ces gens qui ouvrent leur porte à des enfants qui ont vécu toutes sortes de choses sordides. C’est drôle hein, on trouve toujours que les parents adoptants d’enfants Haïtiens ou Somaliens sont tellement courageux; Mais les familles d’accueil d’ici, qui recueillent temporairement des gamins dont les parents ont eu l’indécence de se reproduire, ou le courage de laisser leur enfant en adoption, sont tout le temps mis au banc des accusés au nom de l’intérêt de l’enfant.

La maman naturelle est peut-être pleine de bonne volonté, elle est sûrement aimante, mais visiblement il y a un truc qui cloche; le truc ressemblant beaucoup aux amants qu’elle traîne et à leurs défauts à eux. Ce n’est la mère le problème, ce sont les manipulateurs et abuseurs en puissance qui l’entourent. La petite le sait bien, du haut de ses sept ans. C’est d’eux dont elle a peur. C’est d’eux qu’elle doit être protégée. Peut-être que si on aidait la mère à sortir de la dépendance affective dans laquelle elle semble plongée jusqu’au coup, on l’aiderait à prendre en charge sa fille et à lui assurer le confort, le bien-être et l’environnement qu’elle mérite. Mais non.

La mère incapable de s’en sortir. La famille d’accueil qui ouvre trop sa gueule, qui demande des explications, qui met en garde, n’est pas écoutée, et la petite… La petite, tout le monde s’en fout. Si elle n’est pas protégée et prise en charge rapidement par des professionnels et une famille aidant et aimante, elle va droit dans un mur, celui de l’enfance dévastée, duquel elle sortira brisée. Quel gâchis.

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