une année en Gironde 46 – la France par mon bout de lorgnette

Pendant 25 ans à Montréal, je n’ai jamais voulu revenir à mon pays natal, sauf deux fois mais c’est sans importance. D’un seul coup d’un seul, j’y vis… presque par inadvertance, un quart de siècle après mon immigration volontaire. D’un côté, je constate que je suis devenue très nord-américaine, de l’autre, qu’en France comme ailleurs, il faut en prendre et en laisser.

Avant de débarquer en juillet dernier, j’avais consciencieusement entamé Sixty Millions Frenchmen Can’t be Wrong écrit par les Québécois Jean-Benoit Nadeau et Julie Barlow. Bien écrit, l’ouvrage commente les réalités de l’Hexagone et ses paradoxes. Je n’ai pas encore feuilleté Merde in France, mais selon mon ami K. les contradictions y sont aussi vachement bien décrites.

Quelques précisions. J’ai vécu à Paris, à Lille (4e ville la plus peuplée), puis à Montréal… Mon arrivée dans un village de moins de 1000 habitants représente donc un premier choc culturel; De plus, j’ai toujours demeuré au nord du 45e parallèle. Je suis plutôt de culture « nord ». Notre installation au sud de Bordeaux est donc une réelle primeur climatique.

Après six mois, je suis encore en mode découverte – d’une région, d’une culture, de codes, etc., mais quand même, j’ai trouvé LE truc qui – à mes yeux, bien sûr – caractérise la France et surtout les Français. Ils font comme ils ont toujours fait… comme disait Amonbofils dans Mission Cléopâtre. À la banque, à l’école, dans les administrations, sur la route, etc. Si vous en faites la remarque, vous vous faites lyncher avec suffisance. À ce registre, un article publié il y a quelques jours dans Le Monde (tout de même) était édifiant : il y était question de température « ressentie » (le facteur de refroidissement éolien, ou facteur vent québécois) en ces journées de froideur glaciale. L’auteur indiquait que cet indice n’avait rien de scientifique, mais qu’il donnait de bonnes indications. La volée de bois vert dans les commentaires…. En substance, « M’enfin, ce n’est pas scientifique, donc c’est nul », badigeonné à longueur de pages.

Visite à la banque pour une « avance de fonds » comme je le fais à Montréal depuis… 25 ans. « Mais non madame, ça n’existe pas. Vous devez retirez de l’argent du guichet… » avec les limites inhérentes. Toujours avec un ton condescendant… enfin, vous ne savez pas ça? On n’a toujours fait comme ça, pourquoi on changerait? Situation valable dans un nombre étonnant de situations des cantines scolaires à l’utilisation de l’anglais en publicité ! Les Français « savent » et les autres sont des cons. Forts de plusieurs siècles d’histoire, faut pas leur en conter. S’ils ne faisaient pas comme il faut, ça se saurait 😉

Ça vient avec l’exigence de « culture » (par rapport au « cash » nord-américain), quelle que soit cette culture – ultra intellectuelle dans les salons parisiens, trash dans les milieux plus populaires – le scepticisme édifié en norme, et le cynisme qui suit pas loin derrière. Bon sur ces points, je le concède, j’en suis. Ah oui, j’oubliais les deux derniers clichés : tout le monde râle et la plupart essaye de rouler le système (avec comme conséquence, des lois et règlements de plus en plus coercitifs). Or, le système se déglingue : de l’éducation à la santé, rien ne va plus. De l’emploi aux finances, de l’immigration à la politique extérieure, de moins en moins de choses fonctionnent et font l’unanimité.

Actuellement, je cherche du travail… et je ne suis pas la seule. Contre moi, mon âge, une expérience professionnelle hors du territoire, un tout petit diplôme, une vie de famille… Je suis prête à prendre n’importe quoi, et pour cause. Que je postule comme responsable des relations de presse pour une PME (bilingue, expérience d’au moins trois ans, niveau Bac + 4 (maîtrise universitaire) minimum, ou comme employée à la propreté (femme de ménage, quoi), et bien le salaire proposé est le même : 9,22 euros/h (12$/h), le SMIC, le salaire minimum. Au coût de la vie (toutes les enquêtes en témoignent, les prix à la consommation qui avaient flambé avec l’arrivée de l’euro il y a dix ans, ont augmenté de manière spectaculaire depuis 2009), nous n’aurons jamais les moyens de revivre ici.

Bien sûr, il est plus facile de soulever les points négatifs, parce qu’en France, il y a aussi plein de choses chouettes : France Inter, les tonnes de magazines, le train, l’amitié (je cultive aussi), l’enthousiasme (une fois, le scepticisme dépassé), la séduction spontanée (elle peut être salement lourde, mais à mon âge, je ne la subit plus!!), la politesse et l’entregents des enfants, 130 km/h sur l’autoroute (j’ai piqué cet argument à Fred, mais c’est vrai que c’est cool)…

J’oubliais, tous les témoignages concordent, les serveurs de café parisiens ne grognent plus. Perso, je les trouve même plutôt sympa, souriants et serviables… comme quoi, il n’y a plus de valeurs sûres 😉

Ma conclusion est que je ne veux pas spécialement rester en France, mais que je n’ai pas envie de retourner au Québec. Après, si on a un contrat de travail en Papouasie, fine, on part…

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3 réflexions au sujet de « une année en Gironde 46 – la France par mon bout de lorgnette »

  1. Belle Pascale,

    Oh combien, je comprends tes dilemmes! Mais au fil de tes entrées que je lis régulièrement, tu me manques! Tu as le don de te mettre en péril et en déséquilibre : ces questionnements étaient déjà annoncés n’est-ce pas, dès le départ… Seul l’angle des questions et les arguments varient. La « fameuse » neige ici se fait rare. L’hiver est bien doux.

  2. je suis votre blog depuis peu et par hasard … nos filles sont dans la même classe !
    Ce que vous voyez dans ce village est très représentatif de la France profonde « sédentaire », celle qui n’a jamais appris à se remettre en question, celle pour qui un voyage à Bordeaux est presque une grande aventure (« je vais à la ville, disent-ils ! »).
    Nous aussi avons fait le même constat il y a 5 ans, quand nous sommes revenus en France après seulement 5 ans passés ailleurs… mais d’une vie tellement riche. Nous étions pourtant de la région (un peu plus près de Bordeaux) mais avons cru être tombés en plein coeur de la Creuse… Amère constatation de ce peuple suffisant qui est pourtant le notre, peuple qui pense avoir tout compris parce que « ça a toujours marché comme ça », peuple qui n’a jamais rien vu d’autre car il n’a jamais cherché à voyager, à connaître d’autres cultures (de toutes façons, forcément moins bonne que la leur !).
    Mais heureusement, tous les français ne sont pas englués dans cet immobilisme, même dans ce petit trou paumé. Certains ont tout lâché, bougé, découvert, appris, se sont questionnés, ajoutant encore des questions à celles restées sans réponse. Reprenez vos sentiments du début de ce blog, restez « touristes » avec votre naïveté et votre plaisir à découvrir… Nous aussi l’avons perdu au bout de 6 mois après notre retour, et regrettons à présent de ne pas avoir gardé ce regard qui nous permettait d’être isolés de cette médiocrité, de cette routine. Vos expériences de vie ont renforcé votre esprit critique avec ses aspects négatifs, certes, mais également positifs, valorisez-les.
    Cependant, je pense sincèrement que, vous (citadins) comme nous (campagnards), avons « choisi » le mauvais village, celui qui ne peut en aucun cas nous refaire aimer ce pays.
    Bon courage pour la suite et peut-être à bientôt à la sortie de l’école.

    1. Je ne suis pas certaine que nous parlions exactement des mêmes choses. Et je n’ai pas l’impression de m’être trompée de village. Je trouve plutôt tout le monde accueillant et sympathique. Nous n’avons toutefois pas les mêmes réalités de vie. Quand j’évoque l’immobilisme, je ne fais pas référence aux habitants sédentaires, mais à une majorité de Français où qu’ils demeurent et quelle que soit leur origine. Les anecdotes auxquelles je fais référence ont toutes eu lieu ailleurs… en ville.
      Ce que je suggère est que les Français portent des siècles d’histoire dont ils ont énormément de mal à se départir, même si parfois ça les encombre. Du coup, ils font comme ils ont toujours fait, ce qui est bien moins angoissant que de modifier des habitudes.

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