Artemisia Gentileschi: féministe, à l’aube du 17e siècle.

Souvent, le samedi, je lis M, le magazine hebdomadaire du Monde. Surtout les semaines précédents mes passages à Paris. J’y trouve toutes sortes de reportages sur des sujets culturels (au sens large). Convenus ou inattendus, les articles et entretiens sont bien écrits, intelligents et incitent à pousser la réflexion sur un sujet, ou la visite d’un lieu, dont les auteurs parlent. Ainsi Artemisia…

Ci-dessus, Marilyn, pensive… devant l’oeuvre d’Artemisia ?  Je ne connaissais pas ce portrait.

Énorme battage médiatique autour de cette exposition, tenue dans le ravissant musée Maillol, dans le 7e. Je ne connaissais pas grand-chose à la peinture classique jusqu’à ma promenade au musée d’Orsay avec mon amie peintre. A. m’a fait découvrir les dessous des oeuvres, les a mises en contexte, m’a présenté les techniques. Elle m’a ouvert les yeux.

Me voici donc à l’ouest de St-Germain-des-prés, quartier élégant s’il en est. Boutiques aux vitrines de bois – comme celle que tenait mon grand-père Passage des Panoramas (9e) – restaurant de sushis à emporter vantant les contenants écologiques. Librairies surannées qui sentent bon la Pleïade et les NRF, mais qui vendent des aimants, des cartes postales, des DVD et des collections dédiées aux marques des folles années 80: Nutella, La Vache qui rit, les fraises Tagada, etc. Faut vivre!

J’arrive au musée Maillol sans l’ombre d’un préjugé. Je n’ai aucune idée de ce que je viens voir. Je ne sais pas qui est Artemisia Gentileschi. Manque de temps (entre autres), aucune préparation. Vite, un audio guide.

Artemisia est une femme dont le parcours étonnant, m’impressionne.

… Née en 1593, fille d’un peintre, elle est la première femme à intégrer la prestigieuse Académie du dessin de Rome, sa ville natale. Son talent de portraitiste lui ouvrira les portes des plus prestigieuses familles et garantira sa fortune. Violée par un employé de son père, elle sera l’objet d’un procès retentissant dont elle sortira blanchie, mais qui marquera profondément sa vie et son oeuvre.

Une histoire peu commune donc à une époque où la femme tient à peine le rang de sorcière ou de sainte dans l’imaginaire collectif.

Un essai de 1916 de Roberto Longhi, maître de la critique italienne, intitulé Gentileschi père et fille, a le mérite de ramener l’attention de la critique sur la stature artistique d’Artemisia Gentileschi dans le cercle des caravagesques de la première moitié du xviie siècle. Longhi y exprime à l’égard d’Artemisia, dans une tonalité peut-être involontairement misogyne, le jugement suivant : « l’unique femme en Italie qui ait jamais su ce que voulait dire peinture, couleur, mélange, et autres notions essentielles… ».

Au-delà de son histoire personnelle,  ce sont les oeuvres d’Artemisia qui m’ont troublée.
D’une part, par l’incroyable modernité de leur propos; d’autre part, par la qualité de représentation. Ainsi, dans le tableau Samson et Dalila, le visage de Samson pourrait être une photo tant les détails y sont précis. Le grain de peau, la finesse des cheveux, l’intention du regard. Je suis restée au moins 10 minutes devant à scruter chaque détail.
Particularité de l’exposition, certaines oeuvres sont déclinées. Ainsi, Bethsabée au bain que l’on retrouve en différentes versions, d’époques successives. Dans chacune, la jeune femme nue se baigne entourée de ses servantes. Un lourd drapé rouge fait office de rideau, mais au loin, le roi dans son palais observe et apprécie la scène. Selon l’année d’exécution, le nombre de servantes, la qualité du drap, la présence de souverain apparaissent plus ou moins prononcés. Des variantes du même ordre se constatent dans Suzanne et les vieillards. L’oeuvre originale peinte quand Artemisia avait 17 ans, présente une jeune femme presque nue sous un drap, menacée par deux messieurs visiblement très intéressés par ses formes gracieuses. Elle semble pétrifiée et cherche à repousser les intrus.
Oeuvre saisissante, Judith et sa servante Abra  et la tête d’Holopherne se mérite près de huit interprétations. Avant, pendant, après la décapitation du soldat par les deux femmes. Criantes de réalisme, ces toiles traduisent sûrement la violence post-traumatique (comme on dirait aujourd’hui) du viol qu’elle a subit. Mais aussi, la volonté qu’avait Artemisia de montrer les femmes « fortes ». Celles qui ont pris leur destin en main : Cléopâtre, Judith, Danaé, Corisca (qui défie le satyre). Forcément, ça me parle à une époque où les jeunes filles remettent en question, par des attitudes serviles, des années de combats féministes.
Soyez indulgents, mon premier texte – unique à ce jour – commentant de l’art, est probablement bourré d’erreurs et de clichés. Mais il est sincère. L’oeuvre d’Artimisia m’a réellement interpelée. De là, à en parler… c’est dur!
*****
Pas acheté le catalogue: photos de mauvaise qualité qui ne traduisaient pas, à mon humble avis, l’oeuvre. Remplacé par le cahier hors-série Connaissance des arts, consacré à Artemisia, Pouvoir, gloire et passions d’une femme peintre. Aussi, le hors-série Découvertes Gallimard, Artemisia Gentileschi, « Ce qu’une femme sait faire! » d’Alexandra Lapierre, publié à l’occasion de l’exposition.
Dans Artemisia, Alexandra Lapierre romance, dit-elle … le parcours exceptionnel d’une femme dans le bouillonnement culturel et politique de la Renaissance italienne. Artemisia est aussi un film avec Michel Serraut et Miki Manojlovic. Pour une raison que j’ignore, sur le site fnac.com, le synopsis est écrit en anglais : « Seventeen year old Artemisia is a budding artist in 17th Century Italy where women are forbidden to study painting much less paint nude models. She persuades her father to let her watch and learn from the great painter Agostino Tassi. Tassi, however, has plans other than teaching art and he attacks Artemisia… French dialogue with subtitles. Amusant, non ?
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