une année en Gironde 67 – Paris : Opéra Bastille

J’ai d’abord lu un article : Le Monde, Libé, je ne sais plus. Je suis allée sur le site où j’ai vu une vidéo qui présentait le spectacle Roméo et Juliette. Ça me paraissait tellement beau que j’en ai changé mon billet de train. Je rentrerais deux jours plus tard. Opéra, ballet ? Long débat avec mes voisins d’infortune. Les billets se distillaient à partir de 75 €, ce que je n’ai pas sous la main. Une amie bien informée m’a indiqué un truc sans faille : tu te pointes environ 1h30 avant le spectacle, et tu as un billet à 5 €… L’aubaine ! C’est fait. Je monte, je monte. Je suis en haut, tout en haut, debout. Du haut de mon mètre cinquante, je ne distingue absolument rien. Je me faufile dans un petit coin : inconfortable. Au moins, je verrais l’essentiel de la scène, sauf la partie gauche – je manquerais totalement un trio masculin – et les passages « sous » le plancher supérieur.

Magnifique opéra de Berlioz mis en valeur par l’acoustique somptueuse de l’Opéra Bastille. Les chœurs sont bouleversants. Les solistes – soprano, basse, ténor – puissants et justes, ils n’en font pas trop, restent dans la discrétion et la sobriété sans diminuer leur présence. Coup de cœur.

L’histoire, tout le monde la connaît. Roméo et Juliette s’aiment, leur amour est contrarié par des patriarches acariâtres, ils meurent à la fin. Fastoche. Une famille blanche, l’autre noire. Je ne parle pas de couleur de peau, mais de costume. Comme les vêtements des protagonistes ou la dualité de la scène.

Le ballet ? Tout a commencé à m’énerver beaucoup trop rapidement. Est-ce ma place mal située et affreusement inconfortable ? Possible.

Cependant,  je ne suis jamais parvenue à entrer dans la chorégraphie : peu de cohérence, peu d’harmonie, un synchronisme quelquefois approximatif et des franches incompréhensions. Pourquoi le père de Juliette, puis tous les hommes de sa famille, porte un schtremmel ? Ce sont les amants de Vérone, pas de Jérusalem. À moins que, à l’image du Marchand de Venise de Shakespeare, Roméo et Juliette se soient catapultés dans la cité lacustre. Pourquoi alors que héros et héroïne sont morts et enterrés (symboliquement parlant) un homme vient chercher Juliette, la porte, lui fait traverser la scène puis la rapporte dans son cercueil scénique. Une envie de pipi ? Pourquoi le ténor et un danseur – je cherche encore son rôle – portent des hakamas (la longue jupe des gradés les plus élevés d’aikkido), et les femmes du chœur des chapeaux comme ceux des étudiants américains qui graduent de l’université ?

Une vingtaine de danseurs sûrement émérites se partageaient les scènes d’ensemble. Les costumes, d’une élégance classique et épurée – longue robe pour les dames, long John pour leurs partenaires (j’exagère, t-shirt et pantalon de coton souple assortis) – la simplicité extrême du décor, deux imposants carrés posés l’un sur l’autre en quinconce, celui du dessus se relevant dans le dernier tiers de la représentation, traduisaient une atmosphère contemporaine, presque austère. Est-ce pour compenser la froideur de l’environnement que la chorégraphe a jugé bon d’imposer non seulement des mouvements disgracieux et disparates – limite comique, mais leur incessante répétition ? Franchement, les hommes qui traversent la scène, en pas chassés, avec leur plus beau profil… Égyptien (visage et corps de face, bras indiquant la direction du côté) manquent de pertinence. Trimballer Juliette la tête en bas, sous sa jupe de tulle, n’a rien de gracieux. Faire et refaire des spirales dignes des spectacles de fin d’année des cours de patinage artistique de nos enfants… Les ballets de groupe durant lesquels chaque couple effectue des mouvements différents, ressemblent aux ambitieuses présentations du Cirque du Soleil. Too Many Notes, aurait dit Salieri à Mozart. Too Many Moves, ai-je envie de dire à Sacha Waltz. Non, ça ne fonctionne pas. La danse contemporaine a évolué. Plus que jamais, le simplicité l’emporte sur la surenchère. Si les pas de deux sont émouvants, les solos masculins – un en particulier, exécuté dans un silence total – sont décalés. Je n’ai jamais trouvé le sens.

« coach, peut-on indiquer les marques dans un livre, le whisky, la voiture, les vêtements, etc. ? Seulement si ça fait du sens, » répond-il.

Peut-être est-ce simplement l’association du ballet et de l’opéra qui est délicate à imaginer. Les yeux occupés à regarder, les oreilles à entendre. Dysfonctionnement ? Dissonance ? Cette œuvre manque de sens. Pour le moins, je n’ai pas trouvé l’adéquation entre musique et danse, entre histoire et chorégraphie. Je suis déçue, et j’ai les pieds en compote. Mais je ne regrette absolument pas d’y être allé.

ps. En attendant l’autobus, j’ai discuté avec une femme très élégante qui avait eu, elle, la chance (les moyens ?) de regarder la représentation du parterre. Elle m’a confirmée qu’elle n’avait manqué aucune image, aucun plan. Humm, et si la mise en scène n’avait été imaginée que pour les spectateurs du parterre ?

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