La Voie de l’écuyer, opus 2011, mise en scène de Bartabas, Académie du spectacle équestre de Versailles

Imaginée et créée par le fondateur du Théâtre équestre Zingaro, l’Académie du spectacle équestre a ouvert ses portes en février 2003 dans la grande écurie du Château de Versailles. Lieu de spectacle et de formation, elle accueille des écuyers, et plus principalement des cavalières, venues du monde entier, qui travaillent dans une dynamique d’écoute et de patience, guidées par la passion de Bartabas. A la transmission du savoir équestre se conjugue la pratique de la danse, du chant, de l’escrime, des arts plastiques et du Kyudo, discipline japonaise de tir à l’arc. L’objectif de cette formation est le spectacle qui donne tout son sens au travail des écuyers : le bonheur d’offrir au public le meilleur de soi dans la recherche de la perfection équestre.


Le Château d’un côté, les Écuries royales de l’autre, et ma maternité en arrière. Et après qui osera dire que les Grands ne se sont pas penchés sur mon berceau ?!?

Peut-être aurais-je dû lire ce texte avant d’assister aux répétitions du spectacle ? Peut-être pas. Comme lire une critique avant d’aller voir un film… Quand nous sommes arrivés à la petite écurie de Versailles, nous ne nous attendions à rien. Notre enthousiasme était tel, à la sortie, que nous avons immédiatement réservé des billets pour la représentation du soir. Deux moments différents, aussi intenses l’un que l’autre. Des instants de bonheur.

Les Matinales des écuyers. Chaque samedi et dimanche à 11:15, l’entraînement. Pour une somme modique (12 euros pour les adultes) on attend sagement en file avant de pénétrer dans les écuries royales. Le lieu est étonnant. Chaque stalle est fermée d’une porte de bois. Barreaux, lustres, on change d’époque. Une majorité de Lusitaniens blancs, un ou deux Quarter horses, des Criollos argentins. D’un box à l’autre, les animaux se parlent, se reniflent, s’effleurent. Certains tendent la tête et appellent le spectateur toute narine alerte. On se faufile vers le manège extérieur. Quelques chevaux lèvent les pattes en mesure, la longe courte. Le lieu est magnifique. La cour carrée du Louvre, à Versailles. Calme, apaisement. Tout de suite.

Après un passage en attente dans la salle orange Hermès – oui, la marque du sellier et du it-bag Birkin – on entre dans le manège officiel. Une structure de bois entièrement démontable. Des longues banquettes basses couvertes d’un coussin peu épais. Des loges aussi, au dessus. De chaque côté de la « scène » en sable, d’immenses miroirs recouvrent les murs. Ils sont accrochés comme des ponts levis relevés. Les lustres enfin. D’immenses boules constituées de feuilles lumineuses. Un espace hors temps.

Trois cavaliers entrent. Une écuyère blonde sur un immense cheval noir, une brune sur un cheval blond, un homme sur un cheval blanc. Pendant près de 30 minutes, ils dressent leur monture. Chaque allure est pratiquée. Des pas de côté, des pas chassés… les chevaux dansent. Pendant cette pratique publique, de longues phrases commentent. Certaines édifiantes, d’autres pontifiantes.

« Réclamer souvent, se contenter de peu, récompenser beaucoup » déclame François Baucher, un maître Français du dressage équestre du 19e siècle. Ses grands préceptes sur l’atteinte de la légèreté absolue restent d’actualité, paraît-il. Pionnier d’une expression inédite, conjuguant art équestre, musiques, danse et comédie, Bartabas a inventé et mis en scène avec tact, fougue et intuition, une nouvelle forme de spectacle vivant : le théâtre équestre. Le lien est fait.

Arrivent ensuite six cavaliers sur des criollos argentins. Leur queue est courte, ce sont des chevaux de travail, ils ne peuvent s’encombrer. Après des exercices de réchauffement, les écuyers sont armés d’épées et portent le masque. La maîtresse d’arme annonce les figures. Chacun reprend. Les chevaux sont prêts. Des bombes. Ils s’élancent de l’arrêt au galop, s’arrêtant net devant la balustrade. Époustouflant. L’énergie qu’ils dégagent semblent infinie, et tellement contrôlée. Nous sommes bluffés.

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La voie de l’Écuyer. En soirée nous revenons. La salle est comble. Trois femmes entrent. Elles portent le costume traditionnel des archers japonais. Dans la semi-pénombre, elles bandent leur arc et tirent. Aucune idée d’où les flèches se plantent, seul le son témoigne. Alors les chevaux arrivent.

D’une séquence à l’autre alterne le dressage – exceptionnel pour les spectateurs cavaliers eux mêmes, limite ennuyeux pour les profanes qui ne distinguent rien… j’en suis – et les chorégraphies de groupe. Les criollos guerriers du matin reprennent la piste, entre autres. Grand moment, de jeunes chevaux suivis, à pied, par leurs cavaliers en jupe rougeoyante. Ils ne marchent pas, ils volent ! Les chevaux obéissent aux rênes. Le passage se termine par des chants slaves (?) sublimes qui cassent avec bonheur l’omniprésence des harmonieux quatuors classiques.

Les enchaînements se succèdent avec leur cavalerie Puis une séquence surprenante. Des chevaux entrent sans entrave. Pendant quelques minutes, ils galopent sans monture, sans harnachement. En toute liberté – feinte ? – ils se roulent dans le sable. Le blanc immaculé de leur robe se tache. Puis ils s’apprivoisent, se lèvent l’un contre l’autre avant de partir en volte. L’un court, l’autre lui cède la place. Magique. Est-ce travaillé ? Le fruit du hasard ? Puis les quatre écuyères s’installent au milieu. Telles des derviches, elles se mettent à tourner sur elles-même. Les chevaux entrent dans une danse folle et virevoltent autour du manège. Magique. Cette séquence à elle seule traduit toute la science de Bartabas. Pour lui, le cavalier fait corps avec sa monture et n’impose rien. Elle suit.

On sort éblouit, emballé… pour un peu j’irais enfin apprendre à monter. Ça semble tellement simple!

*****

Quelques petites remarques, juste pour dire. La musique classique m’a un peu lassée. Plus de chants slaves aurait ajouté à la spiritualité des chorégraphies. Les grandes phrases apparaissent un peu comme des lieux communs sur le lien entre la monture et l’écuyer. Formulées avec grandiloquence, elles manquent de légèreté, alors que le message se veut le traducteur d’une harmonie parfaite entre l’homme et le cheval. Enfin, et ce ne sont que des détails qui n’altèrent pas la qualité de l’ensemble, le parallèle entre les arts martiaux et l’art équestre est peu explicite. Honnêtement, si Fred – pratiquant entre autres, l’aïkido,  la « voix de la paix » – ne nous l’avait expliqué, nous n’aurions jamais compris que « la voie de l’écuyer » s’apparentait à « la voie du guerrier ». L’aspect zen nous passait cent pieds au-dessus de la tête. Là encore, un peu de simplicité n’aurait pas nui.

Dernier truc. Les photos et vidéos sont interdits dès l’entrée dans les écuries. Que les flashs soient interdits pendant le spectacle, je comprends. Mais pourquoi le reste du temps ? Bartabas est paraît-il extrêmement exigeant sur la qualité des images qui sortent de ses spectacles. Les larges photos présentées au bar sont magistrales. Mais bon, encore un excès qui contribue au mythe sans le rendre accessible. Ce n’est pas forcément ma vision de l’art…

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