une année en Gironde 72 – ce qui nous manquera

Dans une semaine, nous déménageons et installons nos nouveaux pénates en proche banlieue bordelaise. À la sortie d’un petit village, nous occuperons une maison de poupées avec un immense jardin. La campagne à la ville, en quelque sorte. Des retrouvailles avec nos instincts citadins ! Mais dans cette transition girondine, nous nous souviendrons avec sourire et émotion…

…Des cloches. Ni celles où l’on dépose le recyclage, ni celles qu’on croise dans les rues, l’air hagard, un peu paumées. Plutôt celles qui sonnent de 7:00 du matin à 10:00 du soir. Celles qui ponctuent la journée. J’aime ce bruit depuis l’enfance. Je me souviens d’une nuit passée à Ste-Agnès, à la frontière italienne, dans une chambre située devant l’église. Les cloches avaient sonné régulièrement, toute la nuit. Quelque chose m’apaise dans ce rythme ancestral.

… Des animaux dans les prés… Ici, loin de la ville, à quelques kilomètres des Landes, les vaches nous ravissent par leurs robes couleur taupe ; les chevaux à qui les enfants ont donné des noms, les moutons, les batteries de volaille. Là, les bébés : dès avril, les prairies accueillent des veaux, des agneaux. Depuis deux semaines, un poulain suit sa mère partout dans le champ derrière chez nous. La journée, il se couche à l’ombre, aux pieds de la jument. À chaque passage, nous nous arrêtons pour saluer toutes ces bêtes qui nous rappellent un ordre naturel, oublié dans les centres urbains. Zut, j’ai oublié les ânes. Impossible. Je les aime d’amour. Ici, ce sont des ânes à la croix de Saint-André… ils sont magnifique avec leur jolie croix noire juste sur la colonne vertébrale. De curieux petits équidés, attentifs au moindre mouvement. Je me souviens de promenades sur le bord de la route, les ânes venaient nous accueillir le long de leur clôture… et nous suivaient, presque souriants. Je me souviens aussi qu’on a failli en acheter huit, histoire d’aller marcher dans les Pyrénées. Une folie parmi d’autres qui nous a permis de découvrir les us et coutumes de ces sympathiques animaux.

… Du rythme lent du quotidien et du bavardage des gens. Ceux qui me connaissent se doutent que j’ai trouvé là mes maîtres. Personne ne court – loin s’en faut – et tout le monde papote. Acheter une tranche de viande peut être laborieux si on est pressé ! Dans cette région considérée comme une zone rurale « défavorisée », les gens sont simples et gentils. Tiens, ça me rappelle les Québécois, ou plutôt l’image qu’on en donne. Les enfants font la bise spontanément, les mamans sourient, ont toujours un bon mot.

… De celles et ceux qui se sont occupés de nos enfants : les discrètes mais redoutablement efficaces maîtresses, Magaly et Carole. Les instructeurs d’activités, la formidable Alexandrine au poney club, le chaleureux François, sensei de judo et Marie Hélène sa précieuse collaboratrice, Anne So à l’atelier de dessin. Les thérapeutes Annie l’orthophoniste, et Amandine la psychologue, qui ont tellement aidé Elia. Hier, j’ai presque versé une larme en réalisant qu’on les quittait tous. Il ne faut pas se leurrer, de la même manière que nous ne voulions pas faire 750km de route par semaine pour aller travailler, nous ne reviendrons pas à Bernos uniquement pour les cours. En tout cas, pas régulièrement. Pourtant chacun d’entre eux a largement contribué au bien-être de nos enfants pour qui cette transition un peu folle était bien inquiétante. Et c’est aussi grâce à tous que nous avons choisi de prolonger notre séjour, parce que notre quotidien a été construit autour d’eux. Merci.

… De la boulangère de Bazas, des magrets de Palmagris à Auros, du restaurant de Lerm-et-Musset, du joyeux marché chaque samedi sur la place de la cathédrale à Bazas, etc. Et, de LA ballade au Ciron. Je ne compte plus combien de fois nous avons marché – à chaque passage de copains entre autres – sur les rives de cette rivière bucolique à souhait.

… Des copains d’adoption, qui nous ont si gentiment accueillis. On ne les voit plus beaucoup depuis les derniers mois, c’est vrai que nous sommes souvent absents. Mais je ne m’inquiète pas, ceux qui voudront nous voir et partager d’autres bonnes soirées, sauront où nous trouver.

… De nos adorables petits voisins. Ils ont 1000 ans à eux deux, travaillent toute l’année dans leur potager, sourient toujours, bavardent joyeusement, racontent leurs poules et leurs lapins, proposent des salades et des courgettes, saluent du revers de la main quand nous passons à l’arrache en voiture. Ils ont le regard allumé, même s’ils vivent au bout du monde. Elle est petite, enfin, selon mes critères. Toute menue. Elle mange de la viande le midi, de la charcuterie parfois, ou du veau ; le soir, des légumes, c’est suffisant dit-elle. Il faut faire attention à ce qu’on mange. Cette femme-là aurait tout à m’apprendre. Décidément, j’aime les vieux, et ceux d’ici me touchent particulièrement. Il y en a plein. La campagne du sud-ouest déborde d’octogénaires qui ne sont jamais partis de leur coin de pays. Pas besoin. Tous les potagers ont de vieilles mains qui les entretiennent, les sarclent, binent. Toutes les articulations grinçantes sèment, plantent, ramassent. Au printemps, les fesses sont en l’air, les mains s’animent, retournent la terre avec entrain.

… Des joggings dans la lande. Je suis viscéralement une coureuse solitaire, mais en France, on – sites spécialisés inclus – m’avait recommandé de préférer le groupe. Alors chaque dimanche, on se retrouvait. Alain, l’athlète fou qui a souligné ses 40 ans en participant à son premier Iron Man et en le terminant en 12:29 malgré un vélo cassé et des crampes pendant le marathon final. Sa douce, Anne So qui s’est révélée une coureuse émérite, Isa, la gazelle dont l’aisance s’est précisée avec ses entraînements d’aqua-bike. Jean, toujours partant et de bonne humeur quelle que soit l’heure du rendez-vous. Après quatre mois, je n’arrivais pas encore à me repérer parmi les fougères et les pins. En décembre dernier, mon horaire nomade m’a condamnée à l’arrêt. Je n’ai pas repris depuis. Je me souviens du premier jogg’ collectif. Nous étions alors en grande forme. Alain, dont l’esprit compétitif n’a d’égal que le sourire qu’il arbore en permanence, voulait nous tester. Il nous a emmené sur le parcours du raid du Ciron. Boy. Quelle aventure. Il a fallu pousser le chien pour qu’il monte certaines côtes. On a suivi sans grogner… nous étions adopté.

… Des paysages magiques. Les champs dans la brume. Au lever ou au coucher du soleil, le ciel zébré de rose en arrière au Libet. La vue de notre cuisine, avec l’église du village qui se découpe dans le ciel bleu, ou blanc, ou noir, ou nuageux, ou contrasté. Nous ne nous sommes jamais lassés de ce perpétuel renouveau.

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