cinq jours avec un âne dans les Pyrénées 2/3

La loi de la randonnée… où va-t-on?

Les ânes ADORENT les chardons, contrairement aux chevaux et aux vaches. Ils les broutent avec délicatesse, du bout des dents, ne mangeant que les fleurs. Le truc c’est que Nais, qui est très puissante, peut nous tirer sur plusieurs dizaines de mètres pour s’offrir cette gâterie. Fred est un peu découragé !

La sieste après le lunch. Nous nous approchons du clôt Bourdiu. Il fait vraiment chaud. Après avoir marché à l’ombre des bois, nous nous retrouvons à découvert. Au moindre bosquet, nous nous arrêtons. Pique-nique léger et chacun s’écroule de fatigue. Ce n’est que le 2e jour après tout…

Autre animal que nous croisons au fil des jours, les vaches. Les Blondes d’Aquitaine sont partout dans les pâturages. Elles sont musclées à souhait à force de gambader en estive toute la journée. Leurs cloches battent le rythme de la journée. Elles se cachent dans les boisés la nuit après s’être arrêtées aux abreuvoirs – il n’y a pas assez de sources dans cette vallée, l’eau vient donc de réservoirs. Quand la chaleur est accablante, elles se couchent. Parmi elles, des veaux qui ne les quittent pas d’un sabot, et se font meugler dessus quand ils s’éloignent un peu trop de leur génitrice.

J’aime les vaches. Et celles-ci sont particulièrement jolies. À peine craintives, elles sont presque venues nous brouter dans la main, un soir que nous avons installé notre tente sur leur passage vers les bergeries.

Ce soir-là, il fait une chaleur étouffante au Port de Béon. Nous tentons de faire de l’ombre par tous les moyens, et Mamzelle n’a pas hésité à faire preuve d’imagination pour camoufler notre campement.

Comme chaque soir, les enfants montent à cru et s’amusent à diriger l’ânesse. Nais nous surprend, elle suit sans longe et comprend rapidement ce qui lui est demandé. Mieux encore, elle trotte au grand bonheur des petits. Monsieur n’est pas encore trop lourd, et Mamzelle a volontairement perdu du poids pour ne pas dépasser les 40kg autorisés !

3e jour. Il a plu la nuit dernière et nous rangeons la tente mouillée. Nous découvrons ce brouillard dense qui va nous jouer des tours dans les heures à venir. Direction le col de Jaüt (prononcer ja-outte). Nous montons sans rien voir pendant une grosse heure et croisons un groupe de marcheurs qui descend. Une jeune femme nous indique la direction à prendre. Sur la carte, nous ne distinguons pas grand-chose et autour de nous, c’est flou.

Soudain, à proximité d’un abreuvoir, la brume se lève et nous découvrons le vaste cirque qui nous entoure. Juste à temps pour trouver le passage vers la vallée suivante.

Et quel passage : sur le bord d’une falaise, il faut dégager une clôture de barbelés pour laisser passer Nais, la refermer. Et… « se laisser guider au gré des sentes à bétail » signalent nos indications. Amorce de la descente. C’est magnifique, mais il fait affreusement chaud, encore.

Après avoir fait une pause et remplit nos gourdes à l’abreuvoir – enfin, le robinet « potable » n’est pas dans l’abreuvoir, mais juste à côté, nous repartons vers les bergeries de Jaüt. Pour y arriver, nous passons la barrière de la zone protégée. Ici les bergers et propriétaires de bétail s’organisent pour protéger les troupeaux de leurs ennemis : les chiens errants, parfois les ours. Pour cela, ils ont dressé des chiens de garde, de grands bergers des Pyrénées, tout blancs, qu’ils appellent des Patou.

Sauf que nous décidons d’aller dormir dans la cabane du fond. Des explications fumeuses, un brouillard dense et froid qui se lève bien trop rapidement, et nous voilà perdus.

Nous tournons en rond. J’en ai marre. Je veux retourner aux bergeries, Fred est prêt à planter la tente. Le souvenir de nos égarements en forêt Laurentienne me revient en mémoire. Soudain, j’entends une voiture… un coup de klaxon. Je rêve ? Pascal Rechou, un ancien berger, sa compagne, leurs deux fillettes et une amie parisienne, nous font signe. Nous les avons croisés un peu plus tôt chez les bergers. Ils veulent voir le puit et nous indiquent le chemin de la cabane… Il suffit de suivre leur 4X4, et la piste. La brume est tellement épaisse que nous arrivons trempés.

La cabane, récemment rénovée par des associations de réinsertion de délinquants, est parfaite. La planche de couchage est assez vaste pour quatre. Nous rangeons les sacs sans difficulté. Le réchaud est placé sur le foyer de combustion. On s’entend il ne fait pas assez froid pour l’utiliser.

Nos premières guimauves…

En soirée, des vaches – encore – passent à côté de la cabane. Rencontre au sommet avec Nais…

Au matin, une fois le brouillard dissipé, nous découvrons notre environnement. Sublime, forcément. La vallée d’Ossau a été le repaire de maquisards depuis les années 30. Refuge des Républicains Espagnols fuyant la dictature franquiste, puis des résistants Français de la 2e Guerre Mondiale. Tout est sauvage et isolé. Pas d’eau, pas d’électricité. Un autre monde, un autre rythme.

Au matin, nous partons vers le col de l’Arriste. Une franche montée. Heureusement le soleil n’est pas encore trop réveillé. Évidemment, nous cherchons notre chemin. Évidemment, nous trouvons. À force de monter, nous parvenons en haut du col, à plus de 1800m. Au sommet, des pottocks se prélassent. À peine arrivée, Mamzelle les conquiert.

C’est beau, c’est juste beau.

À côté de l’étang, une carcasse de cheval, un crâne. De quoi alimenter des rumeurs…

Mauvaise surprise à la descente. Nais, l’ânesse, a disparu. Ah la sale. Nous sommes partis quatre heures à peine. Ça la fout mal. Nous soupçonnons qu’elle est remontée vers les bergeries. En attendant, nous sommes dans la m…. Nous paquetons tant bien que mal. Les affaires du soir, celles du petit dej. C’est tout. Et nous montons. Comme si nous n’avions pas assez marché pour la journée!

A proximité de notre cabane, en bas de l’Arriste, un puit qui remplira nos gourdes. Le petits et moi montons. Fred croise deux hommes qui descendent surveiller l’état de leurs troupeaux. Il l’emmènent, récupèrent nos bâts laissés à la cabane et nous retrouvent au sommet. Oui, oui, à pied, nous sommes arrivés les premiers. Les enfants sont pas mal fiers.

Ce soir, tandis que la brume se lève, nous regardons le paysage. Bien mieux que la télé : son stéréo permanent – vive les cloches! – et spectacle en vision panoramique sans fin. Aux vaches succèdent les chevaux, arrivent les cochonnes, suivies des brebis béarnaises (leur lait est le seul utilisé pour la production du fromage Ossau Iraty). Ça broute, ça bêle, ça meugle, ça trotte…

Une fois de plus, notre chien fait preuve d’un discernement sans faille… Même Nais n’en revient pas !

La « petite » cabane à côté des bergeries. Nous y avons dormi, en laissant notre équipement dans la grande. Laissant ainsi la place à René et Françoise, un couple de marcheurs habitant près de Pau, venu pour se protéger de l’orage annoncé. Finalement, ni tonnerre ni éclairs ne troubleront notre nuit, et nous papoterons avec plaisir au petit déjeuner du vendredi.

Comme j’ai essayé de le montrer, l’intérieur de la cabane est rustique et rudimentaire. À droite, le poêle à bois, sous le plateau de couchage, les bancs. Celle-ci est franchement petite, mais nous y avons très bien dormi.

Dernière installation du bât. Une couverture, le bât de bois sanglé sous les fesses et sous le poitrail. Pour l’installation du paquetage : il faut être deux. Chacun tien son sac – poids équivalent (C’EST LÀ QU’UNE POIGNÉE PÈSE-SAC A TOUTE SON UTILITÉ) – face à face, et l’accroche sur le bât en le retenant. Les deux sacs sont alors lâchés doucement le long des flancs. Dans notre cas, un dernier sac marin était posé sur le dessus du bât.

Le yoyo des nuages. Aujourd’hui, ce ne sont que des brumes de chaleur qui montent et remplissent les vallées au gré des fluctuations thermiques.

Dernier regard sur les bergeries du col de Jaüt. Nous sommes amoureux de cet endroit magique coupé de tout.

Selon notre programme initial, il nous reste deux jours. Mais nous décidons de faire le reste du parcours d’une traite. D’abord le clôt de Couscouillat (la photo ci-dessous) sur lequel nous sommes arrivés après une descente dans une forêt « enchantée » constellée de gros cailloux. Dur sur les genoux. Ensuite, la descente parmi les immenses arbres sur des sentiers de caillasses roulantes. D’un seul coup, tout le corps fait mal : les chevilles se bloquent, les genoux grincent, les hanches coincent. C’est pénible. Les derniers jours me rentrent dedans. J’ai l’énergie au ras des bouses de vaches, du crottin d’âne et des crottes de biques.

Dernière image de cette première promenade avec un âne. Une aventure que je recommande à toutes les familles pour le bonheur qu’elle apporte. Un moyen de découvrir la randonnée pédestre sans en être dégoûté par le poids des sacs. Une découverte de lieux encore isolés, aux paysages fort. Un quotidien rythmé par la lumière du jour, changement radical pour les urbains que nous sommes. Des journées de partage de rigolade, de commentaires, de grognements. Vraiment très très chouette. À la prochaine…

2 réflexions au sujet de « cinq jours avec un âne dans les Pyrénées 2/3 »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s