cinq jours avec un âne dans les Pyrénées 3/3

C’est déjà loin, mais je n’ai pas eu le temps de m’y arrêter. Partir comme ça, pas vraiment à l’aventure, mais hors des sentiers parfaitement battus – six jours en autonomie avec un âne – apporte son lot de bénéfices informels. Tout au long de la semaine, j’ai tenté de définir et d’apprécier tout ce que je ressentais. J’ai trouvé cinq qualités particulières à ce type d’exercice. Cinq éléments qui me donne envie de recommencer dès que l’occasion se présentera.

1. changement de rythme. Nous avions déjà vécu cette impression lors d’un séjour en péniche en 2008. Sur le canal du Midi, la vitesse est limitée à 5km/h. Forcément, nos points de repère changent. On va plus vite à vélo sur le chemin de halage! Et bien, un âne, surtout sous un bât de 40kg, marche lentement. Tranquillement, malgré l’enthousiasme, l’âge, l’énergie et la forme physique, le marcheur s’adapte à l’animal. Dès les premières 24h, les journées s’égrènent tranquillement. On se couche tôt (à la nuit tombée), on se lève tôt, forcément. Petit déjeuner, préparation du paquetage, et hop. Trois heures de marche, pause déjeuner. Et sur notre horaire, la journée se terminait souvent là. Il était alors temps de s’installer, de se promener, de monter l’ânesse, de jouer au Yam’s, d’amorcer le souper… Une vie au ralenti. Vous imaginez l’infinie qualité dans une vie où l’on court pratiquement tout le temps.

2. être loin de tout. Effet montagne garanti. Objectivement, nous sommes dans la vallée d’Ossau, à un gros quart d’heure de Pau, une ville de 82 000 habitants, la barrière des Pyrénées. À quelques minutes à peine du village de Castet. Et pourtant, on a tout de suite le sentiment d’être dans une zone perdue. Nous marchons sans croiser d’autres vivants que les vaches et les brebis. Ce n’est pas tout à fait vrai, nous avons rencontrer d’autres marcheurs, puis des bergers, pratiquement tous les jours. Mais dans l’ensemble, on se sent seul et… éloigné. Les montagnes sont hautes et très arides. Partout des cirques ferment l’horizon. Contrairement aux Alpes travaillées et presque « urbanisées », les Pyrénées laissent un sentiment sauvage et désolé.

3. sortir de sa zone de confort. Je déteste le brouillard. Je déteste ne pas savoir où je vais. Un reste de contrôle obsessionnel sûrement. Marcher sans savoir où je vais m’angoisse au plus au point. Même si nous avons une tente et de la bouffe. Objectivement, nous ne craignons absolument rien. Reste que je n’aime pas ça. Rien ne servirait de s’énerver ou de paniquer. Je prends sur moi. J’essaye de garder le sourire. Mais je ne suis pas bien. Le souvenir de cette nuit où Fred et moi nous sommes perdus resurgit. La situation est très différente, mais bon. Et puis il y a ce lunch aussi. Pendant que nous pique-niquons, le tonnerre gronde au loin. Je ne parviens pas à deviner s’il s’approche ou s’éloigne. Nouvelle source d’anxiété : l’orage en montagne. Quant aux chemins, ils ne sont jamais bien identifiés. Contrairement aux GR (chemins de Grande Randonnée), caractérisés par le double trait rouge et blanc, les traces que nous empruntons ne sont pas balisées. « Laissez vous porter par les sentes des troupeaux ». Pas mon truc ça, me laisser porter. Résultat, un excellent exercice qui me force à sortir de ma zone de confort… en toute sécurité.

4. apprécier les détails. Fred nous a répété à plusieurs reprises que la meilleure pomme qu’il ait mangé, à vie, avait été dégustée pendant une randonnée en haute montagne. Ça faisait des jours qu’il mangeait « sec ». Croquer dans une pomme -pourtant pas vraiment fraîche- avait provoqué des sensations quasi extatiques. C’est vrai que même notre vin rouge en cubi nous semblait divin ! Et que dire de cette planche de bois sur laquelle nous avons fini par dormir avec bonheur.

5. s’extasier devant la beauté. En montagne, le paysage change sans arrêt. Dans la vallée d’Osseux, où nous étions, les nappes de brouillard montent et descendent au gré des courants dominants et des variations de température. Le matin, le ciel arbore un bleu limpide et froid. La journée avance, le soleil monte et modifie les couleurs. Surexposées, les montagnes prennent une teinte passée, vieillotte. Arrive le soir, au couchant, le soleil irradie, le ciel se ponctue de rouge et d’orange. L’air devient saturé, les couleurs tranchantes. Tandis que nous montons sur un plateau, les sommets apparaissent dénudés, cinglant l’azur. Les collines environnantes modulent en douceur. L’herbe grasse carillonne au rythme des vaches qui la broutent. Je n’ai pas assez d’yeux pour tout voir, j’aurais aimé en avoir tout le tour de la tête !

Quand est-ce qu’on repart ?

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