mes 30 dernières secondes

Je viens de remporter une enchère. Trois fois rien, une montre Swatch qui me plaît bien. Sur ebay. Mais à la vitesse où mon ordinateur a traité l’opération, je suis passée en 60 secondes de l’excitation de l’achat potentiel, à la frustration de l’avoir raté, puis à l’euphorie de l’avoir finalement obtenu.

Rita Letendre, Un rêve de lumière (extrait), 2005.

La première fois que j’ai mis les pieds dans une salle des ventes fût une expérience éprouvante, surtout pour l’ami qui m’accompagnait. J’avais trouvé une lampe, genre Tiffany. Plein de globes partout qui tombaient en cascade. Art décor à souhait. Il manquait un globe, donc l’ensemble n’avait plus de valeur véritable pour un collectionneur ou un antiquaire. Raison de plus pour s’y intéresser. Mon problème repose sur mon incapacité à cacher mon goût et mon impatience à obtenir ce que je convoite. La notion de Poker Face m’est parfaitement inconnue !

Me voilà assise dans la salle. Le commissaire priseur passe en revue les objets les uns après les autres. Sur certains, quelques secondes suffisent. D’autres s’éternisent. La tension monte. Ma lampe arrive. Je n’ai que très peu d’argent. Mon ami m’indique les règles : lève ta pancarte pour augmenter la mise. Les prix flambent en quelques instants et je panique totalement. Cette démesure me terrasse. Je ressors en état de choc.

Plusieurs années plus tard, un collègue m’a fait découvrir l’art contemporain canadien. Pourquoi a-t-il fait cela ? Pendant quelques mois, me croyant riche d’une fortune inexistante, je me suis mise à courir les galeries et les salles des ventes… virtuelles. Très sagement, je vérifiais les valeurs des pièces convoitées et m’accordais un budget précis.Par téléphone, pendant la mise aux enchères, j’annonçais mes choix à un conseiller… je continue, j’arrête… Chaque fois la même euphorie me gagnait. À un moment donné, la décharge d’adrénaline est extrême. Un shoot. Quand le représentant de la salle des ventes est venu m’apporter mes gains, il m’a recommandé quelques règles primaires. La première, ne pas s’enthousiasmer autant !

Finalement, j’ai dû céder mes achats. Et je les ai mis aux enchères. Logique. Le vent de folie qui m’a submergé pendant la vente a presque dépassé celui de l’acquisition. J’ai eu la chance d’avoir la seule pièce de valeur de la soirée. J’ai finalement vendu le double du prix de l’achat. Tout un gain en un an ! Et bien ce soir, en quelques instants, pour un montant très très inférieur, j’ai ressenti la même secousse tellurique. Franchement, chacun sa dope, mais je crois que je pourrais facilement être accro à celle-là.

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