Les vieilles, Pascale Gautier, Folio, 2010

J’ai bien aimé la première centaine de pages de ce roman. Et puis j’ai décroché, pour finir déçue, sur ma faim. Dommage, l’histoire de Trou commençait bien. Un village où il fait beau 365 jours par année, ça fait rêver. En tout cas, ça attire tous les petits vieux du pays, qui viennent y finir leur vie. Débarque Nicole, une fraîche retraitée de 60 ans.

vieilles

S’enchaîne alors une galerie de portraits de vieilles, toutes plus charmantes les unes que les autres : une grenouille de bénitiers qui rêve de poésie, une rabat-joie qui se plaint tout le temps et vit dans la crainte des voleurs, une ancienne mercière qui a trompé son mari à tout va, une autre au cerveau gnognotant qui attaque au porto dès le matin… Peu d’hommes à part le curé, l’employé des pompes funèbres et le nonagénaire coureur de marathons.

Ces vieilles dames vivotent à leur rythme inoccupé, avec beaucoup d’humour et dans un style d’écriture tout à fait sympathique. Certaines phrases sont percutantes de justesse. Mais, les traits – un peu gros – de chaque mamie, les transforment en caricatures assez typées. La répétition de descriptions, qui deviennent littéralement des « surnoms », est amusante un moment, et créent un rythme lancinant fidèle à celui des journées sans début ni fin. Des journées de vieux, quoi, avec Alzheimer en filigrane et les dérapages que la maladie provoque.

Soudain, l’histoire se transforme. Les médias annoncent l’arrivée prochaine d’une astéroïde destructrice qui s’écrasera sur la Terre pour la détruire définitivement. Un petit air de 21 décembre, ça ? Branle-bas de combat au Trou: les mamies se suicident par dizaines, le crématorium fonctionne à plein régime, les vaillants s’enfuient et les héroïnes sont confrontées à leurs propres démons.

C’est là que j’ai décroché. La peur devient l’acteur du quotidien des vieux de Trou. Certes. Mais ils sont réduits à cette peur. Elle annihile même ceux qui n’y croient pas, modifie leur perception et leurs convictions. Cette deuxième partie pourrait s’intituler : « de la mauvaise gestion de la peur chez les octogénaires ». Et elle n’aboutit pas. Avec ou sans humour. D’autant qu’elle s’achève la veille de la catastrophe annoncée, dans un village devenu vide.

*****

En cherchant une photo de la couverture, je découvre que ce roman a reçu le prix Renaudot 2012. Mince, alors.

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