coup de coeur

dimanche, 14:00. La famille a faim. Dans le quartier Saint-Michel, les épiceries arabes sont encore ouvertes. Elles ne ferment pas. Aucun jour du Seigneur qui tienne. On achète une brioche Turque, un grand bagel mince, un peu sucré.

resto

Devant nous, le marché des Capucins. À droite, Chez Mathilde : bavette + frite + 1/4 rouge, 10 euros. On entre.

Le restaurant, officiellement portugais, est minuscule. Un bar, des habitués, trois tables pour quatre, deux tables pour deux, la cuisine en retrait. Des trentenaires, sûrement geeks, terminent leur quart de vin. Un couple, la soixantaine largement entamée, attend des saucisses. « Il faut aller en acheter, » indique l’une des patronnes.

Les tenancières. La première est brune. Cheveux très courts, large poitrine. Courte sur pattes. Le visage parcheminé, l’ombre bleue sur les paupières, le sourire sans lèvres. Elle porte une robe noire en plis voilés. C’est dimanche, habit de messe. Collants imprimés avec des paillettes. La seconde, brune, aussi. Cheveux longs, raides, épais, qui tombent sur les épaules. Legging noir, tricot moulant en imprimé léopard.

Le serveur, érodé comme les patronnes. Il a encore l’accent du Bled, et le sourire des vieux Maghrébins. « Je parie que tu ne finis pas ton magret… Je te donne deux bonbons si tu y le termines ». Le fils est ravi. Viandes pour tous, bavette, faux-filet, canard, les végétariens sortiraient affamés. Pas nous.

En attendant les plats, je tourne la tête. Un homme aussi âgé que seul tranche ses saucisses. Cheveux mi-longs, il observe la salle. Au comptoir, un autre homme: cinquantaine et fière allure. J’oublie de compter les verres de rosé qu’il siffle en cadence. À gauche, un type descend deux bières avant de passer à la tacle d’à côté. Des huîtres et des verres de blanc. Il porte un t-shirt de l’Olympic de Marseille, une provocation à Bordeaux. Il ferme les yeux. Il semble fin soûl, mais fait bonne figure. La contenance des alcooliques.

D’autres hommes arrivent. Génération « Bref », jeans gros pull, manteau de cuir. Le rapport qualité prix du lieu est attrayant. Un couple attend une place, et s’installe en terrasse. Arrive un jeune, quinze ans, max ? Pantalon de coton bleu électrique et t-shirt assorti. Dehors, on frisonne à 4°C. Sa ceinture est ornée d’un signe de dollar en diamants. Il n’a pas de cou. Son visage s’écoule vers les épaules arrondis. Tout en courbes.

Deux jeunes filles aussi. Une gamine la dizaine d’années aguerrie par la vie urbaine , sa grande soeur, qui jauge d’un rapide regard les hommes de l’assistance. Elle maîtrise déjà parfaitement les relations humaines. Jolies comme des coeurs, taquinées par les aînés protecteurs. Elles sourient naturellement. Pas de place pour la mise en scène.

Restaurant, théâtre de la vie quotidienne. Je reviendrais m’inspirer.

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