Bill Viola

Intense. C’est le premier qualificatif qui me vient à l’esprit à la sortie de l’exposition de l’artiste américain au Grand Palais, à Paris. Nous sommes restés une heure et 40 minutes, bêtement parce que nos estomacs criaient famine. Mais finalement, parce qu’on était vidé. J’ai plutôt l’impression d’avoir « participé » à un travail créatif, où le spectateur est pris dans une spirale contemplative.

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Chaque salle présente une oeuvre de ce maître de l’art vidéo, pendant un minimum de 10 minutes (la plus longue, doit dépasser le 30 minutes). On s’imprègne tellement des ambiances inattendues, déroutantes, parfois troublantes, que je me les remémore sans faire trop appel à des notes.

Ici – d’entrée de jeu, un bassin d’eau verte en pleine forêt. Un homme arrive et plonge. Il est interrompu en plein vol, l’eau continue elle de bouger, tandis que des ombres et finalement le nageur sort de l’eau. Bienvenue dans le monde de Bill Viola. Étape suivante : un homme se démultiplie au gré d’une dizaine de draps transparents qui répliquent son mouvement. Rien compris ? Normal. Nous non plus. Je me suis simplement laissée aller à cet état presque méditatif qui conduit à rester planter – très inconfortablement – pendant un quart d’heure, devant des personnages en mouvement minimaliste (comme dans Les Étonnés). À ce registre, les 18 minutes de la vie de Catherine sont édifiantes. Cinq vidéos, cinq moments de la journée de la vie d’une femme monastique : le réveil et le yoga, la couture, l’écriture, l’allumage des cierges, le coucher. Et le public reste là, sagement. Sans un bruit. Surpris, je crois, comme moi. Pourtant ça marche. Je suis fascinée, happée.

Arrive cette salle qui ressemble à une église : au fond du vide, un autel. Posés deux vases, et un téléviseur. Sur l’écran, un homme dort. Voilà. Il dort. De temps en temps, ses rêves – cauchemars ? – envahissent les murs. Violence et poissons pour l’homme, chevreuil tranquille pour la femme. Arrive le passage un peu long. Deux écrans géants. Sur celui de gauche, la rencontre de deux femmes en Inde (?), à droite, deux hommes marchent à chaque extrémité de l’écran. Là, j’ai décroché. Surtout que juste avant on avait vu défiler des camions et autres véhicules au téléobjectif avec effet de mirage garanti.

On arrive enfin à la salle vedette. Lire : extraits dans la bande annonce de l’expo. Lieu immense. Cinq écrans se partagent les murs. Des pompiers après une intervention pour éteindre un feu (feu que l’on traverse en sortant), suite de gens marchant dans une pinède et semblant se rendre à un enterrement (mon interprétation, je n’ai pas lu le guide de l’expo); Puis, ce vieil homme mort dans sa bicoque au somment d’une colline, dont les proches déménagent les biens en bateau. Surtout, cette rue que j’imagine à New York. Un immeuble et des passants qui accélèrent devant la façade et déménagent aussi. Un pied de lampe, des cartons, un fauteuil, un tapis…. Soudain, de l’eau qui descend et sort en trombe. Explose par les fenêtres. Malgré le mal de dos – vraiment inconfortable ces espaces – j’aurais pu rester encore. Fascinée par ses environnements complémentaires.

Changement d’étage et présentation de deux autres moments très forts : un homme ressuscitant de l’eau, une femme échappant au feu. L’eau et le feu, les deux éléments omniprésents dans l’oeuvre de Viola. Deux fois dix minutes de contemplation presque fascinante. Mon estomac hurle. J’ai faim et soif, au point d’avoir mal à la tête. Ça tourne. C’est drôle. Mais je ne suis plus disponible pour la découverte. Ma curiosité est éteinte. Ces personnages noyés, qui respirent sous l’eau, le visage déformé par les mouvements agités de l’onde. Je suis absente, mais ils impressionnent ma rétine. Eux non plus je ne les oublierai pas.

Effet magnétique de cette exposition. Surprenante et troublante. Avec des moments forts. Des marques indélébiles. Franchement incontournable.
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IMG_6384 IMG_6385 IMG_6388Unique regret. Franchement, le conservateur du musée aurait pu prévoir un environnement plus confortable. C’est franchement pénible d’être debout, dans le noir, pendant près de 2 heures. Et de n’avoir pas vraiment d’autres solutions que s’asseoir par terre. Je rêvais de l’énorme coussin du MOMA…

 

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