brève de chambre

Ce matin, les neuf décennies de dignité de madame B. roupillent. Le dos droit, le port haut, le rouge à lèvres flamboyant, enfoncée dans le fauteuil de cuir elle n’entend pas la télé qui hurle sa litanie d’horreurs internationales. La nonagénaire ne ronfle pas, vous la prenez pour qui ? Elle respire à peine. Un instant, la dame de compagnie la croit morte. Merde, il ne manquerait plus que ça. Elle tapote son bras fripé sous la soie beige et le gilet de coton. « Madame B…. ? Madame B… ? »

La dame de compagnie retourne à son balai. Elle ne passera pas l’aspirateur aujourd’hui.

90 ans de souvenirs occupent ses rêves de grandeur. Sous ses paupières fermées, dans la grande maison vide, elle regarde le château, sur la colline d’en face. Elle se souvient de la fois où elle a perdu l’équilibre pour tomber devant la terrasse. Mari et enfants de l’autre côté de la bâtisse carrée. Elle criait à poumons perdus sa douleur. Personne ne l’a entendu. Sauf l’homme, le châtelain qui l’a aperçue gesticulant des pattes comme une tortue retournée. C’est lui qui l’a sauvée de l’hôpital, ou pire, de la maison de retraite. Mais ça, c’est une autre histoire…

 

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