brève de chambre

Ce matin, humilité. Les vieux -voire les très vieux- sont pudiques, mais n’ont pas les moyens de l’assumer. Chaque fois qu’elle la déshabille, Madeleine rappelle à Yvette qu’elle ne porte pas de soutien-gorge. Question de confort. De gêne aussi. Montrer ce corps pas si facile à regarder, encore moins à dévoiler.

Rien d’érotique là-dedans. Les simples gestes du quotidien. Ces seins aplatis et fripés rendent au corps leur fonction première : un outil utile de la naissance à la mort. Ses fesses ne sont qu’un souvenir, ses hanches l’ambition d’un chirurgien. Madeleine oublie son honneur chaque soir au coucher, chaque matin au lever. Exhiber encore et encore corps, faiblesses, dépendance et autres bobos.

Il faut évacuer aussi, vider ce tuyau animé dont le coeur bat encore, et les poumons respirent. Encore la gêne. Baisser les sous-vêtements, pire, les protections, les couches. Madeleine stoïque ne dit rien tandis qu’Yvette l’essuie, la change, la lange, prends son corps frêle et cassant dans les bras pour le remonter contre les oreillers.

Maurice s’en fout : son torse nu avant le pyjama, ses pieds rougis des années de maquis, ses cuisses flasques de ne plus danser. Sa faille ? Quand sa main tremble tellement que la dame de compagnie doit le nourrir à la cuillère. Quand il cherche une expression, les paroles d’une chanson, le nom d’un ancien collègue. Il trouve son aide charitable, elle sent juste humaine, répète quelques blagues stupides. Dédramatiser, mais ça, c’est une autre histoire.

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