une année en Gironde – 12 la famille Aronica

Pourquoi quitte-t-on son pays? Pourquoi y revient-on? Ce sont les deux questions que m’a inspiré ma rencontre avec les Aronica. Ces deux questions et bien d’autres encore. Et en terme d’inspiration, cette famille déborde de générosité!

C. et J. se sont rencontrés au Québec il y a de longues années. Il y ont conçu leurs trois premières filles, nées en compagnie d’Isabelle Brabant, en personne, rien de moins, la sage-femme fondatrice des maisons de naissance. Puis ils sont partis un an en bateau (une manie) avant décider de se poser juste un an en France, leur pays natal. Happés par la douceur de vivre du Languedoc et la naissance de leur premier fils, ils y sont restés 12 ans. Puis l’envie de bouger s’est à nouveau fait sentir. Allez, un dernier voyage en famille, juste pour dire.

Dans quelques jours, les Aronica appareilleront sur Blue Moon, leur magnifique monocoque de 13 mètres (un Kirié de 1990) en direction de l’Espagne, des Baléares, du Maroc, du Cap-Vert, des Açores, et hop une traversée avec les alizés de novembre vers les Antilles, puis une ultime remontée des côtes américaines. Pourquoi je suis fascinée?

Si la famille avait fait le tour du monde avec 4 enfants de moins de 10 ans, je n’aurais pas autant capoté. J’aurais simplement trouvé qu’ils étaient courageux. Moi je ne le ferai pas parce que je flippe de plus en plus en bateau et que j’ai plutôt le mal de mer, tout ça. mais là, l’expérience prend une toute autre dimension, ils partent avec la famille au complet. À l’heure où les relations parents/enfants ne sont pas les plus faciles.

Nous avons développé ce projet pour que nos valeurs prennent un sens, m’expliquera J. Le partage, la gentillesse, la compréhension, l’empathie, la générosité… de jolies valeurs ma foi, qui n’ont sont rarement mises en valeur dans un monde où un ado exprime sa frustration dès qu’il n’a pas le dernier modèle iphone en main dans les deux heures qui suivent sa mise en marché. (Bon pas que les ados, certains hommes sont assez forts à ce registre!)

Et ils ont 4 enfants avec qui ils vont vivre 365 jours dans une bateau qui, aussi bien aménagé soit-il, reste un espace clos; encore plus étroit quand tu es en plein mer et que tu affrontes les éléments. D’accord, la promiscuité me gonfle… C’est mon côté claustrophobe. Heureusement, les parents sont très lucides. Ils ont organisé l’espace de sorte à ce que chaque enfant ait le sien: deux cabines à l’arrière pour chacune des grandes, deux toutes petites cabines à l’avant – autour de la cabine des maîtres dans le pic avant – pour les plus jeunes. Il y a des tas de rangements, partout. Ils ont vidé autant comme autant de sorte à ne garder que l’essentiel. Ne sont conservés sur le bateau que les objets qui ont une fonction et qui serviront obligatoirement. Tout le superflu est sorti. À 48h du départ, ils enlevaient encore des choses. Un genre de simplicité volontaire, finalement.

Les parents qui gèrent les discussions houleuses – pour des marins ça tombe bien – avec tact, diplomatie et doigté, sont conscients que les relations humaines sont le plus gros risque d’écueil de leur aventure. Les ados sont à l’aube de l’âge adulte; et elles sont trois. Les deux grandes s’affirment dans leurs différences et dans leurs envies. La troisième tente de faire sa place. Et puis ça reste trois filles qui doivent s’émanciper de leur mère un jour ou l’autre. Je sais de quoi je parle, ce n’est pas facile tous les jours. S’ajoute à ça, une scolarisation à distance suppléée par les parents, et un petit dernier qui rencontre des difficultés d’apprentissage. En prime, ce ne sont pas des enfants qui regardent pousser les chèvres, ils sont complètement de leur époque avec ordi et jeux vidéos.

Ce sont des chouettes enfants. Curieux, motivés, dynamiques, joyeux… en un mot, heureux. Heureux de partager cette dernière folie avec leurs parents. Ils savent qu’ils ont la vie devant eux pour vivre leurs trucs, mais que ces jours précieux avec leur famille ne reviendront plus. C’est qu’ils ont déjà compris bien des valeurs que leurs parents leur ont transmises. Moi, ça me tire presque les larmes. Je trouve ça magnifique.

Mais comme me disait Alain hier, on trouve toujours quelqu’un qui se lance des défis plus grands que les nôtres. Ouais, c’est exactement ça. Alain lui, a changé de ville. Nous on a changé de pays. Les Aronica eux, partent en bateau avec leurs 4 enfants… Il y a qui grimpe l’Everest, d’autres qui plantent des arbres ou qui sauvent des vies… Chacun son truc.

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